Pour ce portrait, nous rencontrons Philippine Delpit : ancienne avocate au Barreau de Paris, CEO de Memosya – la première application mobile de révision en droit — et membre de l’Incubateur du Barreau de Paris. Elle revient sur son parcours, le métier d’avocat en droit des médias et ses conseils pour réussir dans cette filière.
Pouvez-vous vous présenter et nous présenter votre parcours ?
J’ai été avocate pendant quatre ans en contentieux, notamment en droit de la presse, droit du marché et droit pénal. En 2020, j’ai créé une application mobile, Memosya, pour aider les étudiants en droit à réviser plus efficacement. Comme le projet a nécessité de constituer une équipe, je me suis omise du barreau en juin 2021 pour m’y consacrer pleinement et bâtir un véritable esprit d’entreprise.
En quoi consiste le métier d’avocat en droit des médias ?
L’avocat en droit des médias fait autant du conseil que du contentieux. C’est une activité de niche, très spécifique, exercée par peu d’avocats. Les grandes notions du droit de la presse regroupent toutes les atteintes à la réputation d’une personne susceptibles d’être commises sur un support public ou privé, et notamment sur internet : diffamation, injure, atteinte à la vie privée, au droit à l’image, à l’e-réputation, harcèlement, discrimination.
Les clients sont divers : des personnes physiques, connues ou non, des agences de médias (presse papier ou numérique, créateurs de contenu, influenceurs) et des groupements comme des associations ou des entreprises.
Quelles qualités et quel parcours pour exercer ce métier ?
Il faut s’y connaître en procédure de droit de la presse – qui relève de la procédure civile mais aussi du droit pénal spécial. Cette procédure est particulière : il est indispensable d’en devenir un expert. Avec l’essor des nouvelles technologies, des connaissances en numérique sont un véritable atout : pour rassembler des preuves, il faut comprendre ce qui s’est passé, ce qui peut être conservé, comment accéder à une publication.
Enfin, il faut être curieux. On traite chaque jour un sujet différent : une diffamation visant un dirigeant d’entreprise, une association, une chanteuse. La procédure et les arguments juridiques sont similaires, mais il faut à chaque fois comprendre le milieu et l’expertise du client pour analyser les propos et les preuves. C’est l’une des grandes richesses de cette matière : on a l’impression de refaire l’enquête d’un journaliste.
À quoi ressemble le quotidien d’un avocat en droit des médias ?
Comme je faisais beaucoup de contentieux, mon quotidien était tourné vers le temps judiciaire : juridictions, dépôt de dossiers, audiences. La chronologie d’un dossier peut se résumer ainsi :
- Étape 1 : rendez-vous client.
- Étape 2 : recherches juridiques, rédaction des actes (assignation, citation directe, plainte, ou conclusions en défense), échanges avec le client pour finaliser l’argumentation, échanges d’écritures et avec les confrères.
- Étape 3 : audiences – fixation du calendrier judiciaire, plaidoirie, puis délibéré.
Les interlocuteurs principaux sont les clients, les confrères, les greffiers, les commissaires de justice et les magistrats.
Vos conseils pour les futurs avocats qui souhaitent se spécialiser ?
- Aller à des audiences : elles sont publiques, observez ce qui s’y passe.
- Devenir un expert de la procédure en droit de la presse.
- Lire la presse spécialisée, comme Légipresse.
- Aller à des colloques et des conférences.
- S’intéresser à l’évolution des échanges sur internet et à ses conséquences en droit sur la liberté d’expression, l’e-réputation et le harcèlement en ligne.
Un souvenir de vos formalités administratives lorsque vous étiez avocate ?
J’ai mal rempli ma déclaration de revenus, et j’ai donc été imposée deux fois. Cela a piqué.